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Anne Jellema/Elaine Unterhalter

Cette année est la première durant laquelle le monde ne réalisera pas le premier, et le plus décisif, des Objectifs du Millénaire pour le développement: l'égalité des sexes dans l'éducation d'ici 2005. Au cours de la prochaine décennie, à moins que les leaders politiques de la planète de prennent maintenant des mesures draconiennes, les progrès d'une lenteur inacceptable dans le domaine de l'éducation des filles seront responsables de la mort de plus de dix millions d'enfants et de mères, ce qui aurait pu être évité. En outre, ils feront perdre aux pays pauvres jusqu'à trois pour cent de leur croissance économique et seront à l'origine d'au moins 3,5 millions de cas de VIH/SIDA qui auraient, eux aussi, pu être évités. En réponse à l'urgence ignorée de la situation, ce document propose un nouveau plan d'action pour scolariser toutes les filles et les faire apprendre. L'auteur conclut cet article en priant instamment les gouvernements et la communauté internationale d'approuver le plan d'action pour scolariser toutes les filles et les faire apprendre, et de débloquer plus de fonds dans ce but. Anne Jellema est coordinatrice de la Campagne mondiale pour l'éducation (CME). Elaine Unterhalter est professeur d'éducation et de développement international à l'institut d'éducation de l'université de Londres et coordonne le projet «Beyond Access?» sur le genre et l'éducation, financé par Oxfam et le ministère du Développement international du gouvernement britannique (DFID).

Les filles ne peuvent pas attendre: Pourquoi l'éducation des filles est importante et comment passer à l'acte maintenant

Sans la réalisation de l'égalité des sexes dans l'éducation, le monde n'a aucune chance d'atteindre les buts ambitieux qu'il s'est fixé au sujet de la santé, du social et du développement.

Kofi Annan, secrétaire général des Nations unies, le 3 mars 2005

Introduction

La privation continuelle d'éducation pour soixante millions de filles, selon les estimations, est une urgence mondiale, même si la communauté internationale refuse de la reconnaître comme telle.

  • Le fait de n'avoir pas réussi à réaliser l'objectif de l'ONU prévu pour 2005 en ce qui concerne l'éducation des filles sera responsable, rien que cette année, de la mort évitable de plus d'un million d'enfants et de mères; ceci correspond à dix millions de décès en dix ans.1
  • En ce qui concerne le VIH/SIDA, le taux d'infections est le double parmi les jeunes qui n'achèvent pas leur scolarité primaire. Si toutes les filles et les garçons allaient jusqu'au bout du cycle primaire, on pourrait éviter l'apparition d'au moins sept millions de cas de VIH en dix ans.2
  • L'éducation est un avantage économique clé, tant pour les adultes que pour les nations. Chaque année qui n'est pas passée à l'école représente une réduction de dix à vingt pour cent des revenus futurs des filles. La croissance économique par habitant pourrait augmenter de 0,3 % par an ­ soit trois pour cent durant les dix années à venir ­ si les pays réalisaient tout simplement l'égalité des filles et des garçons au niveau de la scolarisation.3
  • Ne pas éduquer les filles et les femmes perpétue la faim de manière superflue. Les progrès de l'éducation des femmes ont contribué le plus à réduire la malnutrition entre 1970 et 1995, et joué un rôle plus important que la disponibilité accrue de nourriture.4
  • Les femmes instruites sont mieux à même de résister avec succès à des pratiques débilitantes telles que l'excision du clitoris, les mariages précoces et les violences domestiques que leur infligent leurs partenaires masculins.5

Lorsque les cent quatre-vingt-neuf chefs d'États ont signé la Déclaration du millénaire en 2000, ils ont reconnu qu'éduquer les filles est une première mesure puissante et nécessaire pour mettre fin à la pauvreté et réaliser les droits de l'homme. L'égalité des sexes dans l'éducation primaire et secondaire est le tout premier des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) qu'ils se sont fixé, promettant de scolariser autant de filles que de garçons d'ici 2005. Toutefois, à la honte du monde entier, même cette étape préliminaire, ne sera pas réalisée à temps dans la majorité des pays.

Nous ne devons pas permettre aux leaders mondiaux de dissimuler qu'ils ont raté la réalisation du tout premier des OMD en se cachant derrière des déclarations suffisantes quand ils prétendent que «le nombre de filles scolarisées dans le primaire est plus élevé qu'il ne l'a jamais été.» C'est vrai, l'accès des filles ­ et des garçons ­ à l'éducation a lentement progressé au fil des cinquante dernières années. Au terme des années quatre-vingt-dix, les pays en développement ont commencé à regagner un peu du terrain qu'ils avaient perdu au niveau de l'éducation dans les années quatre-vingt durant lesquelles les taux de scolarisation avaient stagné, voire décliné dans un grand nombre de pays d'Afrique et de l'Asie du Sud. Toutefois ces pourcentages augmentent beaucoup trop lentement pour permettre de réaliser les OMD. Sans accélération dramatique, quarante pour cent des pays n'auront toujours pas réalisé l'égalité des sexes au niveau de la scolarisation d'ici 2015.6 Quelque 86 pays ne sont pas sur la voie menant aux OMD2 qui exigent l'éducation primaire universelle d'ici 2015.7

Bien que dans l'éducation l'écart entre garçons et filles se soit légèrement réduit au niveau du primaire dans les années quatre-vingt-dix, ce «progrès» apparent pour les filles tenait presque autant de la brusque augmentation de la déscolarisation des garçons dans un certain nombre de régions que de l'augmentation du taux de scolarisation des filles. Dans les pays en développement, le taux de scolarisation net des filles en âge d'aller au primaire a en fait légèrement baissé dans les années quatre-vingt-dix où il est passé de 86 à 85%.8

Au niveau secondaire, l'écart entre les filles et les garçons n'a pratiquement pas bougé depuis 1998: en Afrique sub-saharienne, seulement une fille sur cinq est scolarisée dans le secondaire, un chiffre qui n'a guère changé depuis 1990 et dans certains cas depuis l'indépendance des pays.9 À ce rythme, il faudra plus de cent ans pour que toutes les filles soient scolarisées au primaire et des siècles avant qu'elles n'aient une chance d'aller à l'école secondaire. Est-ce vraiment le type de progrès pour lequel nos gouvernements croient mériter des félicitations?

L'éducation n'est pas une panacée universelle. À elle seule, elle ne suffit pas à surmonter les causes multiples des privations et de l'oppression dont souffrent les femmes. Ces dernières, même celles qui ont reçu de l'instruction, sont défavorisées aux niveaux du marché du travail, de la propriété foncière et des choix concernant la sexualité et la reproduction. Nous devons agir plus audacieusement de tous les côtés. Néanmoins, face à la discrimination persistante, l'éducation donne aux filles et aux femmes une confiance élémentaire dans leurs aptitudes et droits, la capacité de s'approprier des informations et de les assimiler, et un potentiel de revenus accru. Leur fournir cet avantage décisif ne coûte pas plus de cent dollars par an, et au 21e siècle, nous n'avons aucune excuse d'en priver soixante millions de filles.

Pékin +10 et la conférence sur les OMD+5 qui aura lieu plus tard cette année offrent probablement la dernière chance avant 2015 de mobiliser une volonté politique sincère et des ressources pour soutenir un plan et un calendrier solides visant à scolariser toutes les filles et à les faire apprendre. Les tentatives de faire passer les échecs pour des succès ne nous mèneront nulle part. À Pékin +10, nous ne devrons pas craindre d'assurer pleinement nos responsabilités pour avoir raté de loin les objectifs, mais aussi de dire ce que les gouvernements et organisations internationales peuvent et doivent faire, et ce qu'ils feront, à présent, pour éduquer les filles dans le monde.

Cet objectif est-il réalisable?

Les femmes qui participent à des programmes d'alphabétisation ont une meilleure connaissance de la santé et de la planification familiale et ont plus de chances d'adopter des mesures de santé préventives.
Source: UNESCO, Rapport mondial de suivi sur l'EPT. Résumé, p. 20

Il est parfaitement possible dans le domaine de l'éducation des filles de faire de rapides progrès à l'échelle requise pour réaliser ces prochaines années l'égalité des sexes dans le monde entier. Un grand nombre des pays les plus pauvres ont fait de remarquables progrès en peu de temps. La Mauritanie qui s'est engagée à rendre l'éducation primaire gratuite et obligatoire a accru la proportion des filles scolarisées par rapport à celle des garçons, la faisant passer de 67 à 93 % entre 1990 et 1996. Dans les années quatre-vingt-dix, le Mali a réduit de dix pour cent une forte inégalité entre les sexes et augmenté de plus de vingt pour cent le pourcentage des filles et garçons qui vont jusqu'au bout de leur scolarité primaire. Les réussites du Bangladesh et de l'Ouganda, figurant parmi d'autres succès qui seraient dignes d'être cités, seront mises en lumière ci-dessous.

Qu'est-ce que ces pays ont fait différemment? Ils étaient insatisfaits d'un ensemble de projets à petite échelle et de programmes pilotes. Ils se sont lancés dans une expansion et une amélioration massive du système scolaire public tout en investissant dans des mesures destinées à aider les filles démunies et d'autres groupes exclus à s'instruire. Leurs histoires nous montrent que d'énormes progrès peuvent être réalisés dans le domaine de l'éducation des filles si les gouvernements prennent les rênes en main pour ouvrir l'éducation à la grande masse et non à un cercle restreint.

La pauvreté est la raison pour laquelle l'écrasante majorité des filles n'est pas scolarisée. Plus l'éducation est coûteuse et moins il est probable que les familles investiront dans celle des filles. Au Kenya, par exemple, avant la suppression des frais de scolarité, les filles avaient deux fois plus de risques d'être retirées de l'école pour des raisons pécuniaires.10 La «perte d'opportunités» a aussi un grand effet de dissuasion dans les foyers démunis: le travail des enfants, rémunéré ou non, est souvent essentiel pour leur permettre de survivre, et envoyer les filles à l'école peut revenir à avoir moins à manger à la fin de la journée. Au Bangladesh et au Népal, «il est courant que les filles travaillent en moyenne dix heures par jour», et dans les pays gravement touchés par le VIH/SIDA, elles chargent sur leurs épaules le fardeau des soins prodigués aux malades et de la garde des enfants en bas âge.11

Toutefois, ni la pauvreté, ni le VIH/SIDA ne sont des raisons suffisantes pour refuser à un enfant le droit à l'éducation. Les mesures les plus efficaces prises en faveur des filles dans les pays qui ont «réussi» sont, entre autres, les suivantes: supprimer les frais et droits de scolarité, rendre l'école obligatoire et gratuite, interdire les pires formes de travail des enfants et fournir des primes supplémentaires pour aider les familles démunies à compenser la perte du travail des filles.12

  • Après la suppression des frais de scolarité en Ouganda, le taux de scolarisation des filles a augmenté de vingt pour cent d'un seul coup; dans le groupe des plus démunies, qui représente un cinquième des filles, il est même passé de 46 à 82 pour cent.13
  • Lorsque le gouvernement du Bangladesh a commencé à proposer des bourses pour les filles, le taux de scolarisation de ces dernières a doublé par rapport au niveau national dans les secteurs couverts par ce programme.14
  • En Inde, dans les villages où les écoles disposent d'une cantine gratuite, la probabilité que les filles achèvent leur scolarité primaire est de 30 % supérieure à celle des filles vivant dans des endroits où ce type de service n'est pas proposé.15
  • Il y a quelques années, le SIDA provoqua une désertion massive des écoles du Lesotho. Toutefois, les établissements offrant une scolarité et des repas gratuits font désormais revenir les orphelins en masse.16

Les mesures destinées à éradiquer les déséquilibres auxquels les filles pauvres sont confrontées ne vont toutefois pas au-delà du niveau primaire. Pour apprendre et acquérir de véritables compétences, il faudrait les réunir dans des classes ayant un nombre raisonnable d'élèves, leur proposer des heures de cours adaptées et des matériels d'apprentissage adéquats, en fonction de leur sexe, et, par-dessus tout, certainement améliorer la formation des enseignants et le soutien qu'ils reçoivent ­ ce qui implique aussi que l'on emploie plus d'enseignantes.17 Ces dernières ne doivent plus craindre le harcèlement et les violences sexuels, et il faut les débarrasser des préjugés concernant les contenus de l'éducation et la manière d'éduquer les enfants en fonction du sexe. Elles doivent avoir une chance équitable de progresser dans leur secteur professionnel, jusqu'au secondaire, voire même jusqu'à l'enseignement supérieur. Les écoles doivent aider les filles à acquérir des connaissances et compétences auxquelles la société leur barre généralement l'accès: qu'il s'agisse des mathématiques et des sciences, de l'éducation sexuelle et des cours sur la reproduction ou de programmes de formation à l'autonomie dans la vie quotidienne, destinés à leur donner de l'assurance et à leur enseigner à négocier.

Passer à l'acte, MAINTENANT

Les réussites des différents pays dont il a été question et quelques autres exemples remarquables prouvent que l'objectif fixé pour 2005 en matière d'éducation des filles n'est ni irréaliste, ni d'un coût exorbitant. L'échec de sa réalisation tient plutôt au fait que la communauté internationale et les gouvernements nationaux ne lui ont pas accordé une attention politique suffisante et l'ont lamentablement négligé du point de vue financier.

La plupart des pays qui ont supprimé les frais scolaires et ouvert à tous l'accès à l'éducation dépensent 20 % ou plus de leur budget pour l'éducation. Depuis le lancement de l'éducation primaire gratuite en 2003 au Kenya, par exemple, les dépenses pour l'éducation ont augmenté, atteignant 40 % du budget gouvernemental.18 Toutefois, malgré les engagements pris dans la durée pour faire passer les dépenses relatives à l'éducation à 6 % du PIB, les pays d'Afrique et de l'Asie du Sud et de l'Ouest continuent à y consacrer moins de 3,5 % de leur PIB, tous niveaux de l'éducation confondus.19 Les pays sont très peu nombreux à disposer de vastes systèmes de bourses et de cantines scolaires gratuites ou à offrir d'autres avantages pour soutenir la présence des filles et des élèves les plus démunis à l'école.

Bien que les pays en développement aient substantiellement accru leurs investissements dans l'éducation, il leur faudrait un soutien supplémentaire de la part des pays riches pour réaliser les OMD. Ce sont ces mêmes pays riches qui ont reconnu cela en 2000 lorsqu'ils ont promis qu'«aucun pays entreprenant des efforts sérieux pour réaliser l'éducation pour tous ne devra échouer par manque de ressources». De belles paroles! Toutefois, si des sommes énormes ont été réunies depuis 2000 dans le monde entier, les pays riches n'en ont octroyé qu'une toute petite partie au cas d'urgence indirect des filles en rupture de scolarité. Les pays donateurs n'accordent qu'un cinquième de l'aide qui serait nécessaire pour réussir à instaurer l'éducation primaire universelle d'ici 2015. L'aide totale du G8 à l'éducation de base s'élève environ à la moitié du prix d'un bombardier Stealth.

En 2001, l'Initiative de développement accéléré de l'éducation pour tous (Fast Track Initiative ­ FTI) a été créée avec l'aide du G8 et de l'UE pour stimuler l'aide aux pays à la hauteur des critères rigoureux imposés pour mener de bonnes politiques en ce qui concerne les objectifs de l'éducation. La FTI devrait être le moteur international de l'essor massif et coordonné de l'éducation des filles dans l'ensemble du monde en développement. Toutefois, elle est vouée à l'échec du fait que la communauté des bailleurs de fond ne lui accorde que des sommes dérisoires.

  • Ainsi, le Yémen souhaiterait construire plus d'écoles dans les zones rurales et élargir un programme de bourses qui a déjà prouvé qu'il réussissait à attirer des filles démunies à l'école. Néanmoins, malgré la somme accordée par la FTI, l'équivalent pour les bailleurs d'un classement «AAA», il lui manque encore quatre-vingt-seize millions de dollars par an pour réaliser ces projets.
  • La Mauritanie qui a réalisé des progrès spectaculaires dans la scolarisation des filles, et dont nous avons déjà cité le cas, a besoin d'une aide deux fois supérieure à celle qu'elle reçoit actuellement pour mettre en place les projets approuvés par les donateurs de la FTI.
  • Le manque de bailleurs de fonds contraint la FTI à se borner à entretenir des partenariats dans seulement treize pays alors qu'ils sont beaucoup plus nombreux à nécessiter d'urgence des ressources supplémentaires pour soutenir et faire avancer les mesures entreprises. Par exemple, en supprimant les frais de scolarité, le Kenya a déjà réussi à attirer 1,5 million d'enfants de plus à l'école, majoritairement des filles. Cependant les classes comptent désormais plus de cent enfants dans les zones urbaines, et le gouvernement n'a pas réussi à accroître les effectifs du corps enseignant depuis 1998.20

Conclusion et recommandations

Aujourd'hui, comme chaque jour, plus de cinquante millions de filles de moins de quinze ans travaillent dans des conditions extrêmement dures et dangereuses au lieu d'aller à l'école.21 Aujourd'hui, comme chaque jour, plus de 2 700 enfants de moins de cinq ans meurent parce que leurs mères n'ont pas eu la possibilité de s'instruire dans leur jeunesse; ces décès auraient pu être évités. Près de deux cents jeunes gens attrapent le VIH/SIDA, alors qu'ils n'auraient pas été contaminés s'ils avaient suivi une scolarité primaire. Aujourd'hui, comme chaque jour qui passe sans action concertée pour réaliser les objectifs de l'éducation fixés pour 2005 et 2015, soixante millions de filles sont privées de la possibilité d'ouvrir leur esprit et de changer leur avenir grâce à l'éducation.

Les filles ne peuvent plus attendre. La Campagne mondiale pour l'éducation en appelle aux gouvernements et à la communauté internationale pour qu'ils s'entendent sur un nouveau plan d'action afin d'assurer que d'ici 2015 chaque fille et chaque garçon achève sa scolarité primaire et que l'éducation qu'ils reçoivent reflète l'égalité des sexes:

  1. d'ici fin 2005, annuler la dette impossible à rembourser des pays pauvres et augmenter l'aide à l'éducation de base en la faisant passer à sept milliards par an. Étendre l'Initiative de développement accéléré (FTI) pour fournir, d'ici fin 2005, un financement complet, prévisible et à long terme à un minimum de trente pays, prêts à accélérer les progrès dans le domaine de l'éducation des filles. Dresser un calendrier et établir un plan de mobilisation des ressources pour étendre la FTI à tous les autres pays à faibles revenus qui ont des projets valables.
  2. D'ici fin 2005, prendre des mesures immédiates et efficaces pour éradiquer les pires formes du travail des enfants, comme les gouvernements l'ont promis en ratifiant la convention 182 de l'Organisation internationale du travail en 1999.
  3. D'ici 2006, augmenter les dépenses publiques pour l'éducation de base, qui devront équivaloir à un minimum de 3 % du PIB.
  4. D'ici 2006, supprimer les frais et droits de scolarité pour l'éducation primaire, et rendre la scolarité gratuite et obligatoire pendant au moins six ans. Établir un calendrier sur une période définie pour rendre l'éducation obligatoire et gratuite pendant au moins neuf ans.
  5. D'ici 2007, lancer de vastes programmes nationaux visant à offrir un soutien supplémentaire pour les familles les plus démunies (par exemple des transferts conditionnels en fonction de la présence régulière de l'élève à l'école ou encore des repas gratuits) afin de compenser les pertes éventuelles de revenus quand elles envoient leurs enfants à l'école. Garantir à chaque femme illettrée la possibilité de s'instruire, l'alphabétisation des mères favorisant la scolarisation des filles et leurs résultats à l'école.
  6. D'ici 2008, assurer que chaque fille dispose d'un endroit sûr et accueillant pour apprendre, par exemple en construisant plus d'écoles à proximité des communes, en installant des toilettes où elles ne soient pas dérangées et se sentent en sécurité, en veillant à ce que chaque école ait du personnel enseignant féminin, en incluant pour les enseignants des modules de formation prenant en compte la dimension du genre (gender training) et en intervenant sans hésitation pour éradiquer les violences contre les écolières.
  7. Tout en consacrant de grands efforts à l'élargissement de l'accès à l'éducation et à la poursuite jusqu'au bout de la scolarité primaire, assurer que nous évoluons aussi vers l'égalité des sexes dans l'éducation et par elle. Introduire une surveillance séparée pour les filles et les garçons des accomplissements et résultats de l'apprentissage. Promouvoir le respect de tout un éventail de manières d'apprendre. Intégrer dans le curriculum l'apprentissage de compétences psychosociales et l'éducation sexuelle ainsi que des cours sur la reproduction. Faire plus participer les femmes aux décisions concernant l'éducation et assurer que les enseignantes bénéficient des mêmes conditions d'emploi et possibilités d'évolution professionnelle.

Prises ensemble, ces mesures transformeraient la vie et l'avenir de dizaines de millions de femmes au cours des décennies prochaines, ce qui n'arrivera pas, sauf si les groupes qui se consacrent à la dimension du genre et ceux qui travaillent sur les questions du développement et de l'éducation scellent une nouvelle alliance pour pousser les gouvernements à agir. À la base, il nous faut oeuvrer ensemble pour assurer la gratuité de l'école, dissiper les craintes des parents et veiller à ce que tous les enfants soient bien traités. Nous devons défendre les approches multisectorielles et exiger des réponses claires quand des obstacles à l'extérieur du système scolaire empêchent les femmes instruites de mettre pleinement en pratique leurs compétences et qualifications pour améliorer leur vie. Nous devons joindre nos efforts à tous les niveaux pour réaliser l'OMD concernant le genre, pas seulement comme moyen de réaliser la parité dans l'éducation, mais comme partie intégrante d'une quête plus générale de l'égalité des sexes et des droits de l'homme dans tous les secteurs: santé, politique, économie et culture.

L'éducation est un atout décisif pour les femmes et un droit fondamental pour tous. L'urgence silencieuse qui a privé tant d'enfants, en majorité des filles, de ce droit est un scandale auquel nous pouvons et devons mettre fin en intervenant tous en cette année 2005.

Figure 3.1 : Répartition de la population adulte analphabète du monde, 2000-2004 

Figure 3.1 : Répartition de la population adulte analphabète du monde,   2000-2004

Source: UNESCO, Rapport mondial de suivi sur l'EPT. Résumé, p. 23

Notes

1 D. Abu-Ghaida et S. Klasen, `The Economic and Human Development Costs of Missing the Millennium Development Goal on Gender Equity', World Bank Discussion Paper 29710 (Washington: Banque mondiale, 2004).

2 CME, Learning to Survive: How education for all would save millions of young people from HIV/AIDS (Londres: GCE, 2004).

3 G. Psacharapoulos et H. Patrinos, `Returns to Investment in Education: A further update', World Bank Policy Research Working Paper 2881 (Washington: Banque mondiale, 2002); Abu-Ghaida et Klasen, «Economic and Human Development Costs».

4 L. Smith et L. Haddad, `Explaining Child Malnutrition in Developing Countries.' International Food Policy Research Institute Research Report No. 111 (Washington DC: Institut national de recherche sur la politique alimentaire).

5 B. Herz et G. Sperling, What Works in Girls' Education (Washington: Council on Foreign Relations, 2004).

6 UNESCO, Rapport mondial de suivi sur l'EPT 2003/4 (Paris: UNESCO, 2004).

7 B. Bruns et al., A Chance for Every Child: Achieving universal primary education by 2015 (Washington, Banque mondiale, 2003), p. 5.

8 UNESCO, Rapport mondial de suivi sur l'EPT 2003/4, tableau 2.9.

9 CME, A Fair Chance: Attaining gender equality in basic education by 2005 (Londres: GCE, 2003), p. 17.

10 CME, A Fair Chance, p. 23.

11 UNESCO, Rapport mondial de suivi sur l'EPT.

12 Au sujet de la prédominance des mariages précoces et du travail des enfants, voir UNESCO, Rapport mondial de suivi sur l'EPT 2003/4. Au sujet du rôle des lois sur l'éducation obligatoire qui combattent ces pratiques, voir K. Tomasevski, Education Denied: Costs and remedies (Londres: Zed Books, 2003); et CME, Fair Chance.

13 K. Deininger, `Does Cost of Schooling Affect Enrollment by the Poor? Universal primary education in Uganda', Economics of Education Review 22(3): 291-305, 2003.

14 Banque mondiale, `Pioneering Support for Girls' Secondary Education: The Bangladesh Female Secondary School Assistance Project' (Washington: Banque mondiale, 2001).

15 J. Dreze et G. Kingdon, `School Participation in Rural India', Development Economics Discussion Paper No 18, London School of Economics, 1999.

16 CME, Learning to Survive, p. 16.

17 Dans le monde en développement, moins d'un quart des enseignants sond des femmes (GCE, Fair Chance, p. 26). Selon le Rapport mondial de suivi sur l'EPT 2003/4 de l'UNESCO, «le pourcentage de scolarisation des filles par rapport à celui des garçons augmente à mesure que croît celui des enseignantes.-» Bien qu'il soit difficile de d´terminer les causes, il «paraît évident» que l'augmentation du nombre des enseignantes incitera plus de filles à la scolarisation.

18 First Joint Review Mission of Kenya Free Primary Education Achievements and Kenya Education Sector Support Program Design, aide-mémoire, 16 sept. ­ 1er oct 2004 (achevé).

19 UNESCO, Rapport mondial de suivi sur l'EPT 2003/4, tableau 3.3.

20 First Joint Review Mission of Kenya Free Primary Education, aide-mémoire.

21 Selon les chiffres de l'Organisation internationale du travail pour 2000, 111 millions d'enfants entre 5 et 14 ans occuperaient des emplois dangereux, les deux sexes confondus. Il est toutefois raisonnable d'estimer que les filles représentent ici au moins 45 % d'entre eux.